Le symbole
était destiné à l'origine a voiler aux profanes les
vérités sacrées tout en laissant celles-ci apparentes
pour ceux qui savaient les lire. Une fois incorporées dans les
symboles, ces vérités devenaient transmissibles selon les
possibilités de l'esprit et de la sensibilité de chacun
la connaissance des clés pour déchiffrer les symboles pouvait
être nécessaire. C'est pour cette communication que le symbole
a été choisi par les civilisations anciennes et par les
cultures primitives : le concept de symbole leur a survécu mais
il a été vivement attaqué par le cartésianisme
et par le monde moderne.
Le symbole, à la fois mystérieux et révélateur,
a toujours été étroitement lié a l'an. Et
bien souvent, les artistes ont appliqué leur talent a exécuter
des oeuvres dont le contenu symbolique leur était suggéré
par d'autres hommes attachés aux traditions ou même par des
prêtres, qu'il s'agisse de religions païennes ou du Christianisme.
Certes, l'émotion artistique peut naître de la contemplation
d'une oeuvre d'art dont on n'appréhende pas tous les aspects. mais
on éprouve une satisfaction plus forte si elle nous devient intelligible.
Il est des symboles utiles à la compréhension des oeuvres
d'art et des religions.
Le symbole reste difficile à définir. Parmi les auteurs
qui renoncent à en donner une définition, R Berteaux use
d'une comparaison juste " les mots ne peuvent expliquer tout, le
contenu du symbole, pas plus qu'ils ne peuvent exprimer la totalité
de l'art pictural ou de l'art musical... Les symboles synthétisent
tous les messages, tant de l'inconscient que du conscient. Le symbole
est destiné à faciliter l'accomplissement de trois étapes,
découvrir, comprendre, créer. En effet il facilite la découverte
du monde de l'inconscient, il permet de capter le réalité,
il facilite la participation au processus de création ".
Le symbole semble échapper à toute définition. On
pourrait dire simplement qu'il est un objet ou très souvent une
image ou un signe, plus rarement un concept abstrait, représentant
ou faisant évoquer un objet, un personne ou un évenement
absent ou une abstaction. Il est un signe donnant accès à
une connaissance.
Le symbole a un sens proche de celui d'analogie emblématique (
la colombe est le symbole de la paix, la croix latine est le symbole du
Christianisme... ). Le symbole indique une figuration condencée,
une idée générale. Le mythe lui est narratif et déploie
un univers d'images et de paroles. Ainsi, la symbolique se prolonge dans
le mythe qui est dans un discours tandis que le symbole est par essence,
soit muet, soit énigmatique.
R Berteaux, La voix symbolique, Lauzeray éditions, Paris 1978
Le symbole :
En Grèce primitive, le mythe de l'Oeuf originel raconte comment
la Nuit primordiale, surnommée " la déesse aux ailes
noires " a été courtisée par le vent du Nord,
c'est-à-dire par le serpent. De cette rencontre est née
l'Oeuf d'argent, autrement dit la Lune. C'est le mythe orphique où
l'Oeuf d'argent symbolise la révélation de la vie et de
l'Être.
Selon la doctrine d'Hermopolis, l'Oeuf du monde est " pondu "
par un " oiseau merveilleux ". L'oiseau est en fait, le Grand
Etang Marécageux ( le Chaos Originel ). L'acte (la ponte ) est
le fait de la révélation du mystère et non pas du
phénomène naturel.
La genèse de Pan Kou en Chine décrit comment " l'Ancêtre
des mille êtres de l'univers " est né de l'Oeuf primordial
dans lequel se trouvait, à l'état indistinct, le Ciel et
la Terre avec toutes les créatures non encore parvenues à
l'existence.
D'autres héros chinois sont nés ultérieurement d'oeufs
fécondés par le soleil ou de l'ingestion d''oeufs d'oiseaux
par leur mère.
Les Egyptiens qui croyaient à la renaissance ( promise par Osiris
) font prononcer au mort, au moment de son passage dans l'au-de-là,
la formule de l'Oeuf primordial avec lequel désormais il s'identifie.
L'oeuf est d'une grande importance dans la religion égyptienne.
Il est le symbole du cycle naissance mort-résurrection.
L'image de l'oiseau revient dans la pensée indienne. L'Oeuf du
monde a été pondu par le farouche et solitaire déesse
Durgâ. Même le dieu Brahmâ est né de cette déesse-vie.
Durgâ doit être symboliquement identique au cygne qui a pondu
l'Oeuf d'or d'où est sorti Brahmâ.
Ainsi donc l'Oeuf primordial ( ou chaos en forme d'oeuf ) est toujours
défini comme réservoir de toutes les possibilités
d'existence. Le symbole de l'oeuf concerne ici la conaissance de ce qui
était avant la création.
Le fond sacré de l'oeuf est représenté par le principe
de l'Un ( l'Un comme le principe des choses ) et par le Finalité
de la Genèse créatrice du monde ( Cosmos, Dieu, Hommes ).
L'Oeuf primordial se révèle donc comme le passage de l'Ancréé
à la création.
Toutes les origines et tous les commencements dont rend compte l'oeuf
symbolique décrivent le passage de l'Un au Multiple., du chaos
à l'ordre, de la non existence à la vie. En même temps
l'oeuf symbolise la nostalgie de l'état primordial, le retour de
l'informel, à l'état d'embryonnaire, à la "
matrice " des choses. Et le cycle de la naissance et de la renaissance
continue...
Le serpent couvant l' Oeuf du monde. Symbole mythologique de l'énergie
créatrice ( La naissance du monde ( l'Inde ), éditions du
Seuil, Paris, pp. 346-347 ).
Le mythe de l'oeuf cosmogonique se retrouve chez la plus part des peuples
où la pensée traditionnelle du sacré n'a pas été
remplacée par la théologie de type biblique.
Selon le texte : Au commencement, il n'y avait que le non être.
Il fit l'Être. Il grandit et se changeat en oeuf. Il reposa toute
une année, puis il se fendit. Deux frangments de coquilles apparurent
l'un d'argent, l'autre d'or. Celui d'argent, voilà la terre; celui
d'or, voilà le ciel. Ce qui était la membrane externe, voilà
les montagnes. Ce qui était la membrane interne, voilà les
nuages et les brumes. Ce qui était les veines, voilà les
rivières. Ce qui était l'eau de la vessie, voilà
l'océan.
La même symbolique cosmogonique se retrouve dans la pensée
chinoise où le Tao ; l'oeuf, en tant que état préontologique
du mystère, se " fend " en duex principe le " Yin
et le Yang ". De sorte que le Yin représente la coquille "
la terre " et le Yang la coquille " le ciel " .
Dans d'autres mythes, on fait appel au serpent pour qu'il " couve
" l'oeuf pondu par la déesse- oiseau. Il s'agit d'Ophion,
le serpent qui s' enroule autour de l'oeuf primordial. L'oeuf éclot
se brise. De l'état virtuel on passe à l'état visible.
La vision du serpent qui couve l'oeuf du monde se retrouve aussi chez
les Dogons d'Afrique occidentale. L'oeuf cosmogonique donc traduit le
passage de l'Un qui devient Deux. L'Oeuf du monde, dès lors qu'il
est à l'origine des dieux ou des hommes ( anthropogonie ), possède
une nature double ou androgyne. En l'occurence, le Principe assume le
rôle du masculin et la Finalité du féminin. Platon
aborde le thème de l'androgynie dans Le banquet " jadis, raconte
Aristophane ( l'un des convives ), notre nature n'était pas ce
qu'elle est à présent, elle était bien différente.
D'abord il y avait trois espèces d'hommes, et non deux, comme aujourd'hui
le mâle, la femellen et outre ces deux-là, une troisième
composée des duex autres ; le nom seul en reste aujourd'hui, l'espèce
adisparue. C'était l'espèce androgyne qui avait la forme
des deux autres, mâle te femelle dont elle était formée
; aujourd'hui elle n'existe plus, ce n'est plus qu'un nom décrié
".
L'androgine ovulaire tient une grande place dans la cosmogonie des Tali
. On sait que pour ses habitants du Kangou ( Cameroun ) la terre est née
d'un crapaud et d'un oeuf de tortue., chaque oeuf tournoyant dans un sens
contraire à l'autre. En ce moment, raconte le mythe, " les
sexes n'étaient pas complètement différenciés,
les enveloppes internes représentaient à la fois la semence
masculine et l'humidité féminine. Chacun des oeufs considérés
séparément est comparé à un couple procréant,
et leurs mouvements contrariés sont ceux d'un accouplement ; les
deux oeufs ensemble sont considérés comme formant un couple.
L'état d'androginie primitive convient davantage aux dieux qu'aux
hommes. Eros (celui qui révèle ) le premier des dieux, avait
des ailes, deux sexes et quatres têtes. Eros représente la
vie dans sa finalité germinative. Dans le chaos de la cosmologie
japonaise c'est d'un oeuf androgyne qu'il s'agit ( naissance du ciel masculin
et de la terre féminine ).
La naissance des Dioscures renvoie à l'oeuf créateur. Les
quatre jumeaux ( deux mâles et deux femelles ) sortent de l'oeuf
de Léda . Ils forment deux couples, ainsi l'oeuf de Léda
devient androgyne. En effet, Castor est associé à Clytemnestre
et Pollux à Hélène. Les deux couples ressemblent
à des jumeaux " androgynes " dans l'oeuf coupé
en deux.
Le premier couple de jumeaux à comme père ( légitime
) le roi Tyndare de Sparte, époux de Léda. Le second couple
doit sa naissance aux ébats amoureux de Zeus métamorphosé
en cygne. Selon une autre version Léda avait trouvée dans
un marais un oeuf rouge-orangé, qu'elle rapporta chez elle et cacha
dans un coffret. De cet oeuf sortit Hélène de Troie. "
Selon certains, cet oeuf tomba de la lune, comme celui qui autrefois fit
immergé dans l'Euphrate, puis tiré sur le rivage par des
poissons et couvé par des colombes. L'oeuf lunaire s'ouvrit pour
laisser sortir la déesse syrienne de l'Amour : Pluton, Le banquet.
editions Galimard. Paris 1950.
D'autres disent que c'est la déesse elle même qui pond l'oeuf
du monde, après s'être unie avec le serpent Ophion, pour
le couver ensuite sur les eaux en prenant la forme d'une colombe. L'Androgynie
constituait la perfection de l'état primordial ".
La résurrection apporte une nouvelle dimension à l'existence,
celle de l'immortalité. C'est pourquoi le rite sacré de
l'Oeuf est aussi une " sorte de tombeau ".
Dès lors, l'oeuf pascal est à la fois tombeau et nid. Il
est tombeau pour l'ancien ; Adam meurt dans le Christ, la nature meurt
en hiver, l'homme meurt au monde. Il est berceau pour la renaissance du
" nouveau ".
L'oeuf est " Pascal " parce que son sens comprend la mort (
le tombeau ) comme un élément de la Trinité osirienne
( vie-mort-survie ). Il était normal que chez les Egyptiens, qui
croyaient ferment à l'immortalité, l'oeuf soit évoqué
dans toutes les formules funéraires ( on sait qu'Osiris a été
tué par son son frère Seth. Il se partage les vingt-quatre
pyramides qui sont enfermées dans l'Oeuf d'Osiris. La pyramide
c'est évidement le tombeau. Osiris disposent de douzes pyramides
blanches, Seth de douze pyramides noires. Le symbolisme est clair seules
les pyramides osiriennes sont porteuses d'immortalité, car elles
sont pures " blanches ). Osiris tué par son frère,
renaît dans la vie éternelle qui est la suprême métamorphose
de la vie. L'oeuf d'Osiris est pascal, parce qu'il s'agit de sortir de
la mort. La position recroquevillée du mort dans la tombe est osirienne.
Elle imite la position du foetus dans la matrice de la seconde naissance
répète la première mais sur le plan de l'âme.
C'est ainsi qu'on devient " Osiris ", comme on devient selon
la parole de Saint Paul, identique au Christ réssucité.
Le symbolisme de l'oeuf pascal trouve son expression universelle dans
l'oiseau-Phénix. En effet cet oiseau fabuleux illustre bien le
processus de l'immortalisationde la vie qui " renaît de ses
cendres ". Il s'agit de l'oiseau d'Ethiopie, grand comme un aigle
royal, dont on disait qu'il vivait pendant 500 ans ou même plus.
Au terme de ses années, lorsque la mort approche, le Phénix
qui se sent mourir pond l'oeuf ( principe de fécondité )
c'est son tour à la vie informelle, au principe-un de l'oeuf Son
nid devient sa tombe. Mais l'oeuf est , de par sa nature fécondatrice,
finalité de la vie la tombe devient le berceau du nouveau Phénix.
La sublimation pascal de l'oeuf ( passage, résurrection, immortalité
) s'identifie désormais au symbolisme de l'oiseau qui renaît
de ses cendres. L'oeuf de Pâques symbolise le principe du renouveau.
Jadis on échangeait des oeufs colorés en rouge à
la fête de l'équinoxe de printemps ; aujourd'hui encore on
offre à Pâques dans une partie de l'Europe ( europe de l'est
et de l'ouest ).Dans les pays orthodoxes on prononce en même temps
la phrase " le Christ est réssuscité ". <l'oeuf
est donc estimé là encore être un symbole de résurrection.
Souvent aussi à Pâques, Fête de la résurecction
du Christ, les enfants cherchent dans les jardins des oeufs cachés
qu'ils pensent tombés du ciel. A notre époque les oeufs
en chocolat ou en sucre sont vendus à la même saison ( printemps
) qui est celle du renouveau de la nature ( c'est le moment où
la nature sort du tombeau de l'hiver. Cest aussi le " Nouvel An ".
Jusqu'au décret de Charles IV en 1594, le Nouvel An commançait
au printemps. En Iran les oeufs décorés sont le cadeau spécifique
du Nouvel An ( dans ce pays le Nouvel An commence en mars). C'est une
coutume quasiment universelle que de manger des oeufs le jour de l'An
( Perse, Babylone, Chine ).L'oeuf est donc lié à la renaissance
di printemps. Ce symbolisme est tellement fort que l'oeuf joue un rôle
direct dans le rituel agricole de certains pays qui enterrent les oeufs
dans les labours ceci est encore observé au 21ème siècle
dans les contrées de l'Europe septentrionale.
Dans le repas de la Pâques juive la nourriture présente sur
la table, si elle est consommable, est surtout symbolique. Les pains non
levés disposés sur le plateau sont l'évocation à
la fois du pain de misère, de la servitude vécue chez les
Egyptiens et le souvenir de la fuite précipitée des fils
d'Israêl, qui ne laissa pas le temps à la pâte de gonfler.
Six récipients sont placés autour du plateau ; le premier
est une coupe contenant de la verdure du persil, du cerfeuil, des radis
ou du céleri ; le deuxième est un verre rempli de vinaigre
ou d'eau salée ; le troisième une coupe pleine de laitue
ou de raifort, herbes amères comme l'était la vie des fils
d'Israël en Egypte ; le quatrième récipient contient
une pâte brunâtre faite de pommes rapées auxquelles
on ajoute, selon les pays, des amendes, de la cannelle, des dattes, des
figues, le tout pilé, rappelent le mortier et l'argile employés
par les Hébreux en Egypte pour fabriquer les briques ; le cinquième
reçoit un os garnit de viande , en souvenir de l'agneau pascal,
et le dernier un oeuf dur, cuit dans les cendres, en signe de désolation.
L'Oeuf est un aliment que l'on mange en signe de deuil.
En Grèce au cours de l'après-midi de Pâques on va
manger des oeufs au cimetière,apportant une assiette qui recevra
la part des disparus. Mais le plus des oeufs reste à la maison,
auprès de l'icône.Il protègera de la foudre. Cette
efficacité des oeufs contre le feu se retrouve dans le sud-ouest
de la France si l'on jette un oeuf pondu le vendredi saint dans un incendie,
celui-ci s'éteint aussitôt. Au pays messin, un tel oeuf offert
à un sorcier le démasque . Dans les Hautes-Alpes, il préserve
de la colique, et en Franche-Comté des chutes dangereuses. En Roumanie
ou en Ukraine, ces oeufs ne prennent pas la couleur ; conservés
toute l'année ils ne se gâtent pas et préservent de
toutes les maladies et calamités. C'est pourquoi on jette leurs
coquilles brisées sur les toits des maisons afin de les protéger
des esprits maléfiques, et qu'on en fait des colliers pour les
femmes stériles.
Au Moyen-Age, non seulement on peignait les oeufs, mais on les illustrait,
tous avaient un sens identique le bien qu'on souhaitait aux destinataires
des oeufs. Les symboles d'ont ils étaient ornés variaient
selon le souhait que l'on exprimait le soleil était un voeu de
richesse, le cerf de santé, le coq ou la poule de bonheur en général
et ainsi de suite. Les fleurs, avec toutes leurs espèces, représentaient
bien entendu le langage de l'amour.
Des grands peintres comme Watteau et Lancret s'en mélèrent.
On offrit des oeufs miniatures, comme celui de François 1er qui
contenait toutes les stations du chemin de la Croix, ou des oeufs teints,
tel qu'un oeuf normand, dont la coquille était recouverte d'or
et de pierres précieuses que Louis XV offrit a Mme du Barry.
" Si on le mange à la coque, j'en retiens la coquille "
s'était écrié le chevalier de Bouffers en 1654. Nicolas
de Bonnefons donnait queques conseils pour colorer les oeufs. Vous en
ferez de jaunes avec du safran, de bleus avec de l'inde, de brun avec
de l'écorce d'aulne ou de la mie ou desoeufs de noix vertes, et
ainsi des autres couleurs.
Le Larousse Ménager a lui aussi sa méthode. Pour peindre
des oeufs, on les jette dans l'eau bouillante contenant une matière
colorante inoffensive : rouge suc de betterave, pelure d'oignon, brun
brou de noix, suc de réglisse, safran, écorce de pommier,
ocre jaune, vert, suc d'épinard, huile tournesol, bleu d'oseille,
fleur de violette ou de mauves desséchées.
Les oeufs décorés ne sont pas toujours destinés à
être gardés. Ils se mangent la plus par du temps. En Roumanie
et en Ucraine, on conserve cepandent les coquilles pour les jetter dans
la rivière. Ces coquilles descendent jusqu'à l'Au-delà
dire aux défunts de garder courage cat le Christ est ressuscité
et que c'est la fête à la maison.
Il existe aussi des oeufs " écrits " pour les morts,
chez les Tziganes, ornés de lignes sinueuses ou brisées
que seuls les défunts savent déchiffrer. On les porte sur
les tombes. Ainsi ceux qui ne sont plus partage néanmois la joie
de la famille.
Appliqué à l'alchimie, le symbole analogique de l'oeuf conserne
le vase dans lequel s'opère la transmutation de la matière.
Le vase dans lequel seffectue la cuisson de la prima matéria porte
le nom d'oeuf en raison de sa forme et, surtout, du rôle de matrice
qu'il joue. Le nom d'oeuf philosophique lui avait été donné
à cause de la forme de ce vase, mais aussi suivant des analogies
plus profondes. Cet Oeuf philosophique était une sorte de symbole
de l'Oeuf du monde , comme un modèle réduit de la création.
Le symbolisme par analogie de l'oeuf joue également dans l'explication
de la cuisson. La transmutation achimique répète la genèse
ovulaire. Le symbolisme ovulaire par analogie est poussé jusqu'à
ses constituants profanes. En effet, les trois éléments
de l'oeufs ont leurs correspondants alchimiques la coquille est semblable
à la terre ( c'est-à-dire aux métaux imparfaits cuivre,
fer, étaing,plomb ), le blanc renvoie au mercure ( eau d'argent,
eau de soufre natif, eau divine ), le jaune d'oeuf reçoit le nom
de misy ( sulfate basique de fer, couperose de cuivre, ocre grec, vermillon
etc... ). Mieux encore, les alchimistes ne se contentent pas de l'oeuf
symbole, ils font entrer dans la composition de leur cuisson, l'oeuf réel,
par exemple dans la production de l'or brillant. " L'or brillant,
dont l'éclat s'étend jusqu'aux limites de la terre habitée
" .
Nicéphore Biemmidès ( byzantin du XIIIème siècle
) conseille de prendre la coquille des oeufs, la laver, purifier, refroidir
et broyer avant de la mettre dans le marmitte. L'orifice du récipient
étant ensuite bouché, on fait chauffer la poudre calcaire
pendant huit jours jusqu'au moment où elle devient blanche. C'est
la fameuse " chaux " les alchimesntes. On prend alors le blanc
intérieur de l'oeuf qu'on fait monter dans un vase en forme d'oeuf.
On mélange la chaux et le liquide obtenu auxquels on ajoute de
l'eau distillée. C'est avec cette préparation, appélée
" eau divine " qu'on blanchit le corps de la magnésie.
L'opération continue avec le jaune d'oeuf qui doit produire une
huile spéciale, qui sera mélangée à la chaux
des coquilles crues, ainsi que la " cendre des jaunes d'oeufs ".
Biemmidès attire l'attention sur la propreté des oeufs,
sur leur nombre et leur poids.
Les autres symbloes de l'oeuf :
La naissance du monde à partir d'un oeuf reste une idée
commune à de nombreux pays. Mais outre ces symboles de naissance,
de création, de renouveau, de résurrection, l'oeuf évoque
encore le repos ( maison, nid, coquille, sein de la mère... ) ou
l'introvertion et l'extravertion ( rentrer, sortir de sa coquille ). Le
symbolisme de l'oeuf s'exprime aussi par des images moins direct comme
les pierres ovoïdes ( cf. Pierre Noire de Cybèle, la boule
du scarabée bousier, la demi-sphère du stûpa ).
L'oeuf est parfois pris comme symbole de prospérité, il
peut évoquer encore la perfection, l'intégrité, la
virginité, la pureté...
En Russie aujourd'hui, on peint des oeufs en bois sur lesquels sont représentés
des icônes ; des églises ; des villes avec leurs ange-gardiens.
mais la tradition dont on parle le plus en France, c'est des oeufs de
Fabergé. La famille Fabergé arrive en Russie grâce
aux perturbations religieuses de France ( et encore aujourd'hui une descendante
de Carl Fabergé vivant en Suisse m'a dit que dans sa famille, les
filles étaient de religion orthodoxe et les garçon étaient
protestants. fabergé, orfèvre, joaillier, artisan et artiste
fabrique des oeufs puisque depuis le XVIIIème siècle, la
tradition des oeufs de Pâques artificiels existe. Louis XV et Louis
XVI en offraient au membre de leur famille. S'il existe en Russie des
oeufs... en or !!! Il en existe d'autres pour bourses pleines ou vides
( verre, porcelaine, pierre dure, papier mâché... ). Il existe
aussi une tradition intéressante à Pâques, les dames
de la bonne société portent des colliers ou bracelets d'oeufs,
petites breloques plus ou moins précieuses et délicatement
ouvragées par les joailliers. Plus ces dames étaient admirées,
courtisées, aimées, plus elles en possédaient. Certaines
en avaient une centaine. L'autre spécialité des oeufs de
Pâques étaient les oeufs à surprise. Alexandre II
en offrait un à sa femme. Nicolas II, un à sa femme l'autre
à sa mère. Le premier oeuf commandé par le Tsar le
fut en 1884 et à partir de cette date, la famille Fabergé
fournie la famille impériale. Il sort 57 oeufs des ateliers Fabergé.
Chacun est unique dans sa composition matérielle et artistique.
Les matériaux les plus nobles sont utilisés : or, platine,cristal
de roche, émail...
De l'oeuf de 1884, il sort une poule. Après, bouquets, carrosse,
navires, miniatures, oiseaux se succèdent dans une irisation de
matière précieuses ou rendues précieuse par le travail.
A partir de la guerre de 14, les matériaux deviennent plus modestes
et la fabrication plus simple. Ces oeufs pouvaient demander jusqu'à
3 ans de travail.
Mais la famille impériale n'était pas la seule à
s'offrir des oeufs. Les familles riches en commandaient aussi, mais le
travail de la miniaturisation est moins pousée, sont plus gros.
Ils s'inspirent souvent des oeufs impéraux mais les détails
changent. Les oeufs impériaux demandaient beaucoup d'étude,
il était normal d'en profiter pour des travaux moins fins.
Et puis, il n'y a pas eu que des joailliers, les familles, les lapidaires.
Il y a eu des peintres qui n'ont pas peints sur les coquilles d'oeufs.
Pietro Della Francesca a peint un retable représentant une viège
à l'enfant que domine un oeuf. Bosch en a mis plein ses paradis
et ses enfers. Dali a peint Léda aimée de Zeus devenu cygne
et qui enfanta, d'après la légende, un oeuf d'où
sorti Hélène et Pollux. Il a même aménagé
chez lui un salon dit de l'oeuf. Gilbert Valentin le raconte en émaux.
certaines sculptures de Brancusi sont des visages tellement poli que l'on
dirait un oeuf.
L'oeuf est pour moi une immense interrogation. Fécondé,
il donnne la vie et devient multitude de possible. Il peut rester simple
de forme., parfaite, que le mains caressent, possible non réalité.
Il peut, et jamais il ne se laisse enfermer dans une définition
oeuf de reptile, d'oiseau, ovule, rêve du peintre et du poète,
matérialiste du renouveau, signe de résurrection, mais il
est toujours accolé, accouplé au mot VIE.
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